Extrait de l'interview du président malien ATT en Guinée
Que signifie votre déplacement aujourd'hui en Guinée ?
ATT: Il est difficile de me demander ce que je suis venu faire ici en Guinée. Puisque je suis venu chez moi. Vous savez les relations historiques et multiformes unissent la Guinée et le Mali. Cela faisait un moment que je ne venais pas à Conakry. Je ne m'en cache pas, la Guinée se trouve aujourd'hui dans la même situation que nous avons connue par le passé. La Guinée traverse une période, certes difficile, mais pas désespérée.
Qu'est ce qui vous a le plus marqué en rencontrant tous les acteurs de la transition guinéenne ?
ATT : Je pense que j'ai beaucoup approuvé le message des autorités, notamment celui du général Konaté lui-même. Le message qu'il a tenu est extrêmement important. Je ne suis pas convaincu qu'on pourra trouver une formule mieux appropriée que celle qu'il a donnée. Une période d'élection est toujours une période d'excès et forcement difficile. D'autant que la Guinée organise des élections historiques. Je pense que pour que ces élections réussissent, il va falloir que chacun y mette du sien. Je suis passé par là aussi en tant que soldat. J'ai éprouvé des difficultés. J'ai vu comment une transition se passe. Mais, aujourd'hui, je pense qu'il y a eu des élections. Il est donc normal que le processus se poursuive. Il est tout aussi normal qu'il y ait des états d'âme.
Cependant, ce qui ne serait pas normal, c'est que nous ne pourrons pas remettre tout en cause. L'Afrique, l'histoire nous regardent. Chacun, au-delà de nos intérêts propres, doit faire en sorte que ce que soit la démocratie qui gagne. Que l'on sache qu'avant la démocratie, c'est la Guinée et avant la Guinée, c'est le Mali, la sous région et l'Afrique. Je pense qu'aujourd'hui, nous avons un premier tour. Le processus n'est pas encore terminé. Il y aura certainement un deuxième tour et le processus doit continuer. Et le Mali sera collé à la Guinée jusqu'à la fin de l'ensemble du processus. Je ne parlerai pas seulement qu'aux candidats. Je parlerai à tous mes frères et sœurs de la Guinée, du continent africain. Chacun nous regarde. Faisons montre d'abord de mesures, d'abnégation et surtout de solidarité. Gardons en nous ce qui est le plus important en Guinée plus que partout ailleurs : le patriotisme et le courage politique.
Sékou est capable de relever le défi. Je suis personnellement passé par les mêmes difficultés. Un jour, j'ai réuni tout le monde et je leur ai dit : écoutez, il y a quelque chose qu'on doit se dire. Si c'est comme ça que vous continuez, moi je suis un soldat, je ne suis habitué à faire ça, je vais vous remettre votre affaire et je m'en vais. Mais je me suis, par la suite, rendu compte que je n'avais pas fini ma mission. La meilleure manière de partir, c'est de finir ma mission. Et pour que ma mission réussisse, il fallait que tout le monde se mette avec moi et que nous réussissions tous ensemble.
La mission, je l'ai, certes, conduite mais elle est celle qui incombe à tout un chacun de nous. Je suis donc le mieux placé pour comprendre la situation dans laquelle se trouve mon cadet Sékouba Konaté. Je crois qu'au delà de tout, il y a quelque chose de plus important. Il y a la Guinée et c'est une mission historique. Il nous reste quelques semaines pour finir. Donc, nous ferons tout ensemble pour la mener à terme.
Ce qui est le plus sérieux, c'est la réorganisation des forces armées, c'est le développement harmonieux de la Guinée qui dispose d'énormes potentialités. On a besoin d'une vision, de la tranquillité, de l'engagement de chacun pour que la Guinée puisse réussir. Je pense que pour nous et en aucune manière, nous nous serons nous mettre à l'écart à des périodes aussi importantes que celle là. Le plus important c'est que nous allons vers les épreuves. Nous n'avons le choix.

